Cabinets d’expertise comptable cherchent collaborateurs

Bruno Gratian

On estime à une ou deux personnes en moyenne les besoins en recrutement insatisfaits des cabinets de Nouvelle-Aquitaine, à cinq, six, voire huit collaborateurs ceux des grosses structures. Le manque d’attractivité de la profession est tellement prégnant que l’urgence guette d’une totale remise en cause des modalités d’embauche et de management.

Tous les cabinets, sans exception, sont à la recherche d’au moins une personne.

Bruno Gratian

Toute une journée de débats sur la gestion des ressources humaines et sa fonction stratégique au sein des cabinets n’aura certes pas permis de lever tous les doutes. Mais au moins l’Université d’été de Messanges aura-t-elle donné lieu à une belle mise en lumière des difficultés, partagées par tous les experts-comptables de la région, à recruter des forces vives. « Si on lançait un audit, on s’apercevrait que tous les cabinets, sans exception, sont à la recherche d’au moins une personne, d’une à deux en moyenne, et de trois à quatre fois plus dans le cas de grosses structures. »

L’homme qui s’exprime n’est autre que Bruno Gratian, spécialiste émérite de la question RH, directeur du centre de formation des experts-comptables et commissaires aux comptes.

Dans son propos comme dans celui d’une majorité de confrères affleure une évidence : la profession ne fait pas (plus) recette. Les raisons de ce désaveu ?

« Elles sont multiples, lâche l’intéressé. Pendant la crise du Covid-19, beaucoup ont changé de voie ou donné un nouveau sens à leurs priorités. Les professions en manque d’attractivité, comme la nôtre, ont payé un lourd tribut à ces envies d’ailleurs, à cette nouvelle perception de la qualité de vie, au travail comme à la maison. » Ajoutez à cet état de fait une rémunération inférieure, de 20% en moyenne, à celle proposée par les entreprises pour les premières années d’exercice, et vous comprendrez pourquoi les cabinets peinent à séduire.

« Le pire, assène Bruno Gratian, c’est que ce manque d’attractivité s’observe dès l’école. A l’IAE de Pau, par exemple, la proportion d’élèves en comptabilité audit et contrôle de gestion était de l’ordre de deux tiers-un tiers il y a encore cinq ans. C’est le contraire aujourd’hui. C’est d’autant plus décevant que les perspectives d’évolution sont légion et les métiers de la filière comptable riches et variés. »

En matière de RH, la donne a changé

Bruno Gratian

Des projets de vie à accompagner

Alors que faire pour endiguer la marée ? Revoir sa copie en profondeur, pardi. Sur les modes de recrutement et, au-delà, les méthodes de management.

« En matière de RH, la donne a changé. C’est au manager de se vendre et au candidat de choisir. Le projet individuel et familial, l’équilibre entre vies professionnelle et personnelle, l’ambiance dans laquelle on va évoluer, le contexte dans lequel on va s’épanouir, sont devenus souvent plus importants que la qualité et l’intérêt du poste. Aujourd’hui, on s’autorise à refuser un poste si les conditions précitées ne sont pas réunies. »

Plus que jamais, donc, le manager doit s’adapter, pour trouver le juste équilibre entre l’accompagnement du projet de vie du candidat et la qualité de son expertise technique. Parce que de nos jours, la notion d’humanité est essentielle, l’écoute et l’échange approfondis s’imposent non seulement comme des préalables à toute embauche mais aussi comme des règles de management au quotidien. « Les salariés nous le disent : ils ont besoin d’être entendus, autant que les clients. », confirme Bruno Gratian.

Les salariés ont besoin d’être entendus.

Bruno Gratian

Des talents à former

Parce que les « RH sont une matière molle », dans laquelle « on ne fait que des expérimentations », l’heure est à l’ouverture. Aux échanges de CV et de profils sur des plateformes connectées. Aux choix volontairement axés sur les profils humains, au détriment parfois des compétences techniques. Au recrutement, comme autrefois, de candidats totalement novices que l’on va se charger de former en interne.

Et Bruno Gratian de citer ce projet, autrement progressiste, d’un cabinet de Mont-de-Marsan (voir la vidéo ci-dessous), qui a eu l’idée de créer en son sein une sorte d’incubateur de talents, qu’il polira, pendant un an, sur les plans technique et professionnel et prépara ainsi à intégrer une équipe. « En plus d’assurer une formation solide, insiste Bruno Gratian, cette démarche me semble être un excellent socle de fidélisation. Un enjeu majeur quand on sait le coût d’un recrutement. »

Prendre le temps d’accompagner et d’intégrer, de dialoguer et de conseiller… Telle est la base de la nouvelle dynamique qu’il importe d’insuffler. « Plus que jamais, résume Bruno Gratian, les experts-comptables doivent apprendre à faire coexister au sein de leur cabinet les valeurs de la profession libérale et une attitude d’entreprise de services ouverte à différents profils. » Et à de nouvelles compétences que la transition numérique, notamment, est à même de faire émerger. De l’ouverture encore. De l’humanité toujours.

Bruno Gratian, pour L’ECho des experts-comptables de Nouvelle-Aquitaine Septembre 2022

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